Aglavaine et
Sélysette Création à lEspace scène nationale de Besançon, le 24 avril 1997 Coproduction : Théâtre à tout
Prix, Avec : Véronique Bisciglia (Aglavaine) Assistant : François Martin Mise en scène :
Jean-Michel Potiron |
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Synopsis |
Aglavaine, jeune veuve, vient vivre chez sa belle-sur et, sans le vouloir, rompt lharmonie qui sétait instaurée au château entre celle-ci, Sélysette, son mari, Méléandre, sa grand-mère Méligrane et sa petite sur Yssaline. Son arrivée, son amour partagé subitement avec Méléandre, la confusion des sentiments qui sensuit, jettent le trouble sur cette famille (composée de cousins proches des personnages marivaudiens : Philine, Toinette, Cléandre, Lisette, Dorante, Araminte, Léontine, Hermocrate ) qui jusque-là vivait et saimait paisiblement. Dénués de toutes stratégies et tactiques amoureuses, loin des comportements intéressés et arrivistes, des conspirations et des intrigues (ces personnages ne sont certainement pas, surtout, surtout pas des intrigants), Aglavaine, Sélysette et Méléandre se frottent à la dure loi des émotions et des sentiments. Méléandre, parce quil les aimes toutes deux, mais différemment, oscille entre celle à qui il doit fidélité et celle pour laquelle il éprouve un irrésistible appel. Devant témoins, ils tentent tout dabord courageusement mais difficilement davouer, de reconnaître, de formuler avec des mots ce qui leur arrive, et développent un autre thème cher à Marivaux : peut-on avec les mots se situer au plus près de ce que lon sent ? Peut-on dire ses sentiments ? Ce faisant, ils tâchent de ne pas se blesser mutuellement et de sortir indemnes du dilemme dans lequel ils se surprennent. Ils envisagent ensuite, entreprise utopique, de dépasser la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils étudient toutes les hypothèses : peuvent-ils vivre à trois et ignorer leur penchant ? Peuvent-ils cohabiter et lutter contre le naturel ? Momentanément jalouse, Sélysette projette dassassiner Aglavaine. Mais parce que la première trouve loccasion dexprimer à lautre sa souffrance, elles deviennent les deux meilleures amies du monde. Ils finissent par envisager la séparation : mais qui doit partir ? Aglavaine ou Sélysette ? Qui doit renoncer à Méléandre ? Et comment se situe lhomme doublement aimé ? Ecrasés par le poids de leur indécision, les deux couples se déchirent et se raccommodent successivement, se font, se défont et se refont. Imperceptiblement, le jeu devient cruel. La sagesse et la raison perdent du terrain. Les paroles se durcissent, deviennent amères puis fielleuses. Et parce quon ne peut pas continûment, même entre gens de bonne foi, même entre personnes bien intentionnées, jouer impunément, le jeu devient tragique. Sélysette choisit, se sacrifie pour les deux autres, heureuse dapercevoir enfin une issue à cet enfer feutré, doux et amer où son existence était plongée depuis larrivée dAglavaine, elle opte pour le suicide Pour les autres, la vie sera-t-elle encore possible ? La vie est grave et au fond de notre être notre âme na pas encore souri. Le Trésor des Humbles, Maurice Maeterlinck. |
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Les humbles ont un trésor (les humbles, autrement dit nous, les gens, les petites gens, la majorité des gens). A lorgueil ils opposent la modestie, à la passion lamour, à la haine la tendresse. Et sils parlent autant de la mort, et ils ont bien raison den parler et de ne pas léluder (chez Maeterlinck on a coutume de dire quelle rôde, pour ce qui concerne notre spectacle nous dirons quelle plane), et sils meurent parfois, car cela arrive quils meurent ou même quils se tuent, sans faire déclats, sans faire de vagues, sans cri inutile, sans gesticulation vaine qui serait destinée à attirer sur eux lattention, cest quils aiment ardemment, insatiablement, inextinguiblement la vie. Ils ont appris le goût et la joie de vivre. Et ils vivent, oui, ils vivent ! Et mon Dieu que leurs vies sont belles ! Voilà tout simplement ce dont nous parle Maurice Maeterlinck dans Aglavaine et Sélysette. Et cest cette simplicité, cette beauté, cette gravité et cette réconciliation avec la vie et avec nous-mêmes dont notre spectacle essaie de se faire la représentation. Le 21 février 1996, Jean-Michel Potiron. |