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Aglavaine et Sélysette
de Maurice Maeterlinck – 1896

Création à l’Espace scène nationale de Besançon, le 24 avril 1997

Coproduction : Théâtre à tout Prix,
Espace scène nationale de Besançon,
coréalisée avec le Théâtre de la Cité Internationale de Paris
et le Théâtre Municipal de Besançon,
avec le soutien de la Drac de Franche-Comté,
la Région de Franche-Comté,
le Département du Doubs
et la Ville de Besançon
Réalisation décor et costumes :
Théâtre Municipal de Besançon.

Avec :

Véronique Bisciglia (Aglavaine)
Astrid Bas (Sélysette)
Michel Aymard (Méléandre)
Sophie Guille des Buttes (Méligrane)
Nathalie Pivain (Yssaline)

Assistant : François Martin
Scénographie : Jean-Luc Taillefer
Costumes et accessoires : Olga Karpinsky
Direction technique : Jacques David
Son : Manuel Poletti
Lumières : Lionel Spycher
Maquillage : Hélène Kéruel
Peintre : Corinne Forsans
Administration : Philippe Radreau
Secrétariat : Véronique Radreau

Mise en scène : Jean-Michel Potiron

 

 

Synopsis

Aglavaine, jeune veuve, vient vivre chez sa belle-sœur et, sans le vouloir, rompt l’harmonie qui s’était instaurée au château entre celle-ci, Sélysette, son mari, Méléandre, sa grand-mère Méligrane et sa petite sœur Yssaline. Son arrivée, son amour partagé subitement avec Méléandre, la confusion des sentiments qui s’ensuit, jettent le trouble sur cette famille (composée de cousins proches des personnages marivaudiens : Philine, Toinette, Cléandre, Lisette, Dorante, Araminte, Léontine, Hermocrate…) qui jusque-là vivait et s’aimait paisiblement. Dénués de toutes stratégies et tactiques amoureuses, loin des comportements intéressés et arrivistes, des conspirations et des intrigues (ces personnages ne sont certainement pas, surtout, surtout pas des intrigants), Aglavaine, Sélysette et Méléandre se frottent à la dure loi des émotions et des sentiments. Méléandre, parce qu’il les aimes toutes deux, mais différemment, oscille entre celle à qui il doit fidélité et celle pour laquelle il éprouve un irrésistible appel. Devant témoins, ils tentent tout d’abord courageusement mais difficilement d’avouer, de reconnaître, de formuler avec des mots ce qui leur arrive, et développent un autre thème cher à Marivaux : peut-on avec les mots se situer au plus près de ce que l’on sent ? Peut-on dire ses sentiments ? Ce faisant, ils tâchent de ne pas se blesser mutuellement et de sortir indemnes du dilemme dans lequel ils se surprennent. Ils envisagent ensuite, entreprise utopique, de dépasser la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils étudient toutes les hypothèses : peuvent-ils vivre à trois et ignorer leur penchant ? Peuvent-ils cohabiter et lutter contre le naturel ? Momentanément jalouse, Sélysette projette d’assassiner Aglavaine. Mais parce que la première trouve l’occasion d’exprimer à l’autre sa souffrance, elles deviennent les deux meilleures amies du monde. Ils finissent par envisager la séparation : mais qui doit partir ? Aglavaine ou Sélysette ? Qui doit renoncer à Méléandre ? Et comment se situe l’homme doublement aimé ? Ecrasés par le poids de leur indécision, les deux couples se déchirent et se raccommodent successivement, se font, se défont et se refont. Imperceptiblement, le jeu devient cruel. La sagesse et la raison perdent du terrain. Les paroles se durcissent, deviennent amères puis fielleuses. Et parce qu’on ne peut pas continûment, même entre gens de bonne foi, même entre personnes bien intentionnées, jouer impunément, le jeu devient tragique. Sélysette choisit, se sacrifie pour les deux autres, heureuse d’apercevoir enfin une issue à cet enfer feutré, doux et amer où son existence était plongée depuis l’arrivée d’Aglavaine, elle opte pour le suicide… Pour les autres, la vie sera-t-elle encore possible ?

‘‘La vie est grave et au fond de notre être notre âme n’a pas encore souri.’’

Le Trésor des Humbles, Maurice Maeterlinck.


Projet


Les humbles ont un trésor (les humbles, autrement dit nous, les gens, les petites gens, la majorité des gens). A l’orgueil ils opposent la modestie, à la passion l’amour, à la haine la tendresse. Et s’ils parlent autant de la mort, et ils ont bien raison d’en parler et de ne pas l’éluder (chez Maeterlinck on a coutume de dire qu’elle rôde, pour ce qui concerne notre spectacle nous dirons qu’elle plane), et s’ils meurent parfois, car cela arrive qu’ils meurent ou même qu’ils se tuent, sans faire d’éclats, sans faire de vagues, sans cri inutile, sans gesticulation vaine qui serait destinée à attirer sur eux l’attention, c’est qu’ils aiment ardemment, insatiablement, inextinguiblement la vie. Ils ont appris le goût et la joie de vivre. Et ils vivent, oui, ils vivent ! Et mon Dieu que leurs vies sont belles ! Voilà tout simplement ce dont nous parle Maurice Maeterlinck dans Aglavaine et Sélysette. Et c’est cette simplicité, cette beauté, cette gravité et cette réconciliation avec la vie et avec nous-mêmes dont notre spectacle essaie de se faire la représentation.

Le 21 février 1996, Jean-Michel Potiron.

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