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Andromaque
de Jean Racine – 1667


Création à l’Espace scène nationale de Besançon, le 7 novembre 1995

Coproduction : Théâtre à tout Prix, Espace scène nationale de Besançon,
avec le soutien de la Drac de Franche-Comté, la Région de Franche-Comté,
le Département du Doubs et la Ville de Besançon,
le Théâtre Granit scène nationale de Belfort,
le Centre d’Animation du Haut-Doubs de Pontarlier,
l’ACB scène nationale de Bar-le-Duc, la Grange de Dorigny de Lausanne, l’Espace des Arts scène nationale de Chalon-sur-Saône
et l’aide du Théâtre de la Cité Internationale de Paris.

Avec :

Béatrice Louvet (Andromaque)
Bruno Marchand (Pyrrhus)
Julien Pillet (Oreste)
Isabelle Piétra (Hermione)
Nicolas Lê Quang Minh (Pylade)
Emma Mena (Cléone)
Nicole Rivier (Céphise)
Mohamed Guellati (Phoenix)

Lumières : Lionel Spycher
Assisté de : Johan Loonis
Composition musicale : Manuel Poletti
Costumes : Nathalie Martella
Maquillages et coiffures : Martine Laporte
Répétitrice diction : Nicole Rouillé
Conseiller artistique : Patrick Mélior
Photographe : Marc Sergent
Administration : Philippe Radreau
Secrétariat général : François Martin
Secrétariat : Véronique Radreau
Assistante stagiaire : Eliane Bordoni

Mise en scène : Jean-Michel Potiron

 

Synopsis

Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui n’aime que son époux défunt et son jeune fils. Quatre personnages s’opposent, Andromaque et Hermione dominent. La folie emporte Hermione et Oreste. La pièce se clôt sur la victoire de la pureté…


Projet

Les œuvres intenses, puissantes, tenaces, pugnaces, comme celle d’Andromaque, ne nous laissent pas en paix, parce qu’elles ne nous délivrent pas. La plupart des tragédies ont été écrites pour nous soulager. Le phénomène de catharsis, autrement dit la purgation des passions (essentiellement la pitié et la terreur) opère, soigne nos âmes meurtries. Lorsque Othello tue Desdémone, nous sommes, à la fin de la tragédie, dans un tel état de tension, que ce meurtre nous soulage, nous délivre, tout comme il soulage et délivre Othello lui-même de sa passion, bien qu’il ne sorte pas indemne de ce crime. Contrairement à Othello et à bien d’autres tragédies, Andromaque ne nous soulage pas. Un meurtre est pourtant bien commis, un suicide a pourtant bien lieu, mais ce ne sont pas ceux que nous attendions et ceux qu’inconsciemment nous espérions. Les victimes deviennent les maîtres et les maîtres deviennent les victimes. Etrangement, bien que l’histoire soit morale puisque les faibles sont sauvés tandis que les bourreaux sont châtiés, notre état de tension demeure absolument intact. Nous sortons du théâtre avec un goût amer. Nous n’avons pas été délivrés de nos passions. Andromaque n’a pas voulu nous laisser partir en paix, elle n’a pas voulu panser nos blessures. Et nous restons hantés, blessés. Aussi blessés que lorsque nous y étions entrés… Tous les personnages d’Andromaque, excepté le personnage-clef (le personnage-titre), manquent à leur devoir : Pyrrhus, Oreste, Hermione, Pylade, Cléone. Tous mentent, trichent, oublient, trament, manigancent, conspirent, confondent la raison d’état et la raison individuelle, mélangent l’intérêt général et l’intérêt particulier. Tous sont aveugles, versatiles, inconstants, changeants. Tous tournent et retournent infiniment leur veste. Tous sont affolés, apeurés, effrayés, désemparés. Tous se craignent. Tous dépendent de tous. Ainsi les retournements de situation, les volte-face, les coups de théâtre se succèdent à une vitesse inouïe. Jusqu’au vertige pour Hermione, pour Oreste. Seule Andromaque, reste égale, fidèle à elle-même. Seule, elle demeure maîtresse d’elle-même. Seule, elle est libre. Seule, elle nous sauve.

Le 27 novembre 1994, Jean-Michel Potiron.

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