Coproduction : Théâtre à tout Prix,
Espace scène nationale de Besançon, Avec : Béatrice Louvet (Andromaque) Mise en scène : Jean-Michel Potiron |
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Synopsis |
Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui naime que son époux défunt et son jeune fils. Quatre personnages sopposent, Andromaque et Hermione dominent. La folie emporte Hermione et Oreste. La pièce se clôt sur la victoire de la pureté |
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Les
uvres intenses, puissantes, tenaces, pugnaces,
comme celle dAndromaque, ne nous laissent
pas en paix, parce quelles ne nous délivrent pas.
La plupart des tragédies ont été écrites pour nous
soulager. Le phénomène de catharsis, autrement dit la
purgation des passions (essentiellement la pitié et la
terreur) opère, soigne nos âmes meurtries. Lorsque
Othello tue Desdémone, nous sommes, à la fin de la
tragédie, dans un tel état de tension, que ce meurtre
nous soulage, nous délivre, tout comme il soulage et
délivre Othello lui-même de sa passion, bien quil
ne sorte pas indemne de ce crime. Contrairement à Othello
et à bien dautres tragédies, Andromaque
ne nous soulage pas. Un meurtre est pourtant bien commis,
un suicide a pourtant bien lieu, mais ce ne sont pas ceux
que nous attendions et ceux quinconsciemment nous
espérions. Les victimes deviennent les maîtres et les
maîtres deviennent les victimes. Etrangement, bien que
lhistoire soit morale puisque les faibles sont
sauvés tandis que les bourreaux sont châtiés, notre
état de tension demeure absolument intact. Nous sortons
du théâtre avec un goût amer. Nous navons pas
été délivrés de nos passions. Andromaque
na pas voulu nous laisser partir en paix, elle
na pas voulu panser nos blessures. Et nous restons
hantés, blessés. Aussi blessés que lorsque nous y
étions entrés
Tous les personnages dAndromaque,
excepté le personnage-clef (le personnage-titre),
manquent à leur devoir : Pyrrhus, Oreste, Hermione,
Pylade, Cléone. Tous mentent, trichent, oublient,
trament, manigancent, conspirent, confondent la raison
détat et la raison individuelle, mélangent
lintérêt général et lintérêt
particulier. Tous sont aveugles, versatiles, inconstants,
changeants. Tous tournent et retournent infiniment leur
veste. Tous sont affolés, apeurés, effrayés,
désemparés. Tous se craignent. Tous dépendent de tous.
Ainsi les retournements de situation, les volte-face, les
coups de théâtre se succèdent à une vitesse inouïe.
Jusquau vertige pour Hermione, pour Oreste. Seule
Andromaque, reste égale, fidèle à elle-même. Seule,
elle demeure maîtresse delle-même. Seule, elle
est libre. Seule, elle nous sauve. Le 27 novembre 1994, Jean-Michel Potiron. |