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Kiki l’Indien de Joël Jouanneau - 1989

Création à l’Espace scène nationale de Besançon, le 7 décembre 1993

Grand Prix du Jury (présidé par Jean-Louis Martinelli directeur du Théâtre National de Strasbourg) et Prix du Public : au Festival Turbulences de Strasbourg

(dirigé par Claudine Gironès) en 1994

Avec le soutien de la Drac de Franche-Comté et de la Région de Franche-Comté,

Le Théâtre Granit scène nationale de Belfort, Le Maillon Théâtre missionné de Strasbourg, le Festival Perspectives de Sarrebrück (1993 –1994)

Avec :

Eric Borgen (Christian Bernier)
Nicole Rivier (Colette Girard)
Elvire Ienciu (Odile Bernier)
Laurent Pendarias ou Antoine Jeannot (Simon Girard) 
scénographie et lumières : Patrick Mélior
assistant lumière : Hervé Demet 
costumes et accessoires : Nathalie Martella 
maquillages et coiffures : Martine Laporte 
création sonore : Manuel Poletti 
réalisation décor : Michel Humbert, dit Léo, Guy Pothier, Yves Combe
Luc Mesnier, Roland Mathieu, William Laude 
conception affiche : Francis Larue 
photographie affiche : Pierre-Yves Mathieu 
photographe de scène : Emmanuel Vaucher 
administration : Philippe Radreau 
secrétariat général : François Martin 

mise en scène : Jean-Michel Potiron

 


Synopsis

Une voix la nuit lui a dit : " Va voir comment c’est quand les hommes n’ont plus la luzerne sous les pieds, surtout n’oublie pas, là où tu marches c’est chez toi ! " Alors Kiki (Christian Bernier) est parti. Mais après quinze années d’un dur apprentissage du vaste monde où il apprend à ses dépens que partout, et même en Oukestan, c’est fil de fer et bataclan, il revient à Saint-Julien-des-Eglantiers. Simplement, dans sa tête, c’est un peu dévissé. Kiki se prend pour un indien. Et les indiens, dans les Alpes Mancelles (417 m) c’est du jamais vu. Alors forcément, parmi les siens et dans le village, le temps est vite à l’orage. " Joël Jouanneau.


Projet

" Pourquoi Kiki l’Indien ? Chez un metteur en scène, le choix d’un texte n’est jamais le début mais l’aboutissement d’une réflexion à une certaine étape de sa démarche et de son travail. S’il choisit un texte plutôt qu’un autre, c’est qu’il pense que le premier lui fera faire, à un instant de sa vie, ce que le second (et le plus souvent les seconds), ne lui permettra pas de faire, c’est-à-dire un pas en avant. Avant d’arrêter ce choix, j’ai lu ou relu cent-vingt sept pièces, la plupart contemporaines. Sur ces cent-vingt-sept pièces, j’en ai retenu dix. Sur les dix, j’ai hésité entre quatre. Sur les quatre, j’en ai retenu une (après avoir pris quelques conseils). C’est tombé sur Kiki l’Indien. A l’heure de ce grand tohu-bohu où beaucoup de gens ont bien des avis sur bien des sujets (et non des moindres), qu’ils défendent becs et ongles, qu’ils veulent faire entendre coûte que coûte, qu’ils claironnent à tue-tête, où ces gens présomptueux et assommants nous garantissent que nous serions bien avisés de les écouter et de suivre leurs conseils, j’ai décidé de monter une pièce modeste qui devrait me permettre de réaliser un petit pas en avant dans mon travail, voilà. Lorsque l’on a vingt-neuf ans, comme moi, à moins d’être tout à fait en dehors du commun, ce qui arrive mais ce qui n’est pas mon cas, je ne crois pas qu’on puisse avoir un avis très pertinent sur Hamlet de William Shakespeare ou sur Oncle Vania d’Anton Tchekhov. Pour les personnes, comme moi, il faut savoir prendre son temps, savoir mûrir, savoir attendre, savoir vieillir, oui j’ai bien dit vieillir, savoir tourner sa langue sept fois dans la bouche avant de parler. Bref, il faut se préparer avant d’aborder les grands sujets. Et quand on s’y met, il faut se sentir à leur hauteur : en avoir la compétence, la rigueur, l’exigence, les moyens, les comédiens, le temps, l’argent… Enfin, l’ultime raison de mon choix est beckettienne : Comment écrire après le néant ? Comment parler après le silence ? Comment se présenter après l’absence ? Comment dire " Je " ? Comment, moi qui ose prendre la parole, qui ose écrire, qui ose peindre, puis-je apporter ma pierre à l’édifice bancal du monde qui continue irrévocablement de se bâtir tout en se détruisant ! Tout homme, toute femme qui parle aujourd’hui doit se situer dans cette problématique-là… "

Le 18 décembre 1992, Jean-Michel Potiron.

Avis de Joël Jouanneau " J’ai vu trois mises en scène de Kiki l’Indien, trois mises en scène différentes. Celle qu’a faite Potiron m’a vraiment touché en ce sens qu’il a poussé une idée radicale de la pièce jusqu’au bout. Il a été jusqu’au bout de l’analyse clinique d’une situation familiale. Kiki y est une sorte de clown japonais qui vient ou pour soigner ou pour périr avec cette famille, ou pour la faire imploser…Et il l’a fait avec une cohérence absolue, c’est-à-dire qu’il a vu que cette pièce est complètement mentale, où l’imaginaire a une place décisive. Je trouve qu’il a fait cette lecture avec sincérité. Par ailleurs, j’ai été très touché par les comédiens. Celui qui fait Kiki, c’est vraiment magnifique… Je n’avais jamais pensé que Kiki pouvait être un clown… "

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