Kiki lIndien de Joël Jouanneau - 1989 Création à lEspace scène nationale de Besançon, le 7 décembre 1993 Grand Prix du Jury (présidé par Jean-Louis Martinelli directeur du Théâtre National de Strasbourg) et Prix du Public : au Festival Turbulences de Strasbourg (dirigé par Claudine Gironès) en 1994 Avec le soutien de la Drac de Franche-Comté et de la Région de Franche-Comté, Le Théâtre Granit scène nationale de Belfort, Le Maillon Théâtre missionné de Strasbourg, le Festival Perspectives de Sarrebrück (1993 1994) Avec : Eric Borgen (Christian Bernier) mise en scène : Jean-Michel Potiron |
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Une voix la nuit lui a dit : " Va voir comment cest quand les hommes nont plus la luzerne sous les pieds, surtout noublie pas, là où tu marches cest chez toi ! " Alors Kiki (Christian Bernier) est parti. Mais après quinze années dun dur apprentissage du vaste monde où il apprend à ses dépens que partout, et même en Oukestan, cest fil de fer et bataclan, il revient à Saint-Julien-des-Eglantiers. Simplement, dans sa tête, cest un peu dévissé. Kiki se prend pour un indien. Et les indiens, dans les Alpes Mancelles (417 m) cest du jamais vu. Alors forcément, parmi les siens et dans le village, le temps est vite à lorage. " Joël Jouanneau. |
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" Pourquoi
Kiki lIndien ? Chez un metteur en
scène, le choix dun texte nest jamais le
début mais laboutissement dune réflexion à
une certaine étape de sa démarche et de son travail.
Sil choisit un texte plutôt quun autre,
cest quil pense que le premier lui fera
faire, à un instant de sa vie, ce que le second (et le
plus souvent les seconds), ne lui permettra pas de faire,
cest-à-dire un pas en avant. Avant darrêter
ce choix, jai lu ou relu cent-vingt sept pièces,
la plupart contemporaines. Sur ces cent-vingt-sept
pièces, jen ai retenu dix. Sur les dix, jai
hésité entre quatre. Sur les quatre, jen ai
retenu une (après avoir pris quelques conseils).
Cest tombé sur Kiki lIndien. A
lheure de ce grand tohu-bohu où beaucoup de gens
ont bien des avis sur bien des sujets (et non des
moindres), quils défendent becs et ongles,
quils veulent faire entendre coûte que coûte,
quils claironnent à tue-tête, où ces gens
présomptueux et assommants nous garantissent que nous
serions bien avisés de les écouter et de suivre leurs
conseils, jai décidé de monter une pièce modeste
qui devrait me permettre de réaliser un petit pas en
avant dans mon travail, voilà. Lorsque lon a
vingt-neuf ans, comme moi, à moins dêtre tout à
fait en dehors du commun, ce qui arrive mais ce qui
nest pas mon cas, je ne crois pas quon puisse
avoir un avis très pertinent sur Hamlet de
William Shakespeare ou sur Oncle Vania
dAnton Tchekhov. Pour les personnes, comme moi, il
faut savoir prendre son temps, savoir mûrir, savoir
attendre, savoir vieillir, oui jai bien dit
vieillir, savoir tourner sa langue sept fois dans la
bouche avant de parler. Bref, il faut se préparer avant
daborder les grands sujets. Et quand on sy
met, il faut se sentir à leur hauteur : en avoir la
compétence, la rigueur, lexigence, les moyens, les
comédiens, le temps, largent
Enfin,
lultime raison de mon choix est beckettienne :
Comment écrire après le néant ? Comment parler
après le silence ? Comment se présenter après
labsence ? Comment dire
" Je " ? Comment, moi qui ose
prendre la parole, qui ose écrire, qui ose peindre,
puis-je apporter ma pierre à lédifice bancal du
monde qui continue irrévocablement de se bâtir tout en
se détruisant ! Tout homme, toute femme qui parle
aujourdhui doit se situer dans cette
problématique-là
" Le 18 décembre 1992, Jean-Michel Potiron. |
| Avis de Joël Jouanneau | " Jai vu trois mises en scène de Kiki lIndien, trois mises en scène différentes. Celle qua faite Potiron ma vraiment touché en ce sens quil a poussé une idée radicale de la pièce jusquau bout. Il a été jusquau bout de lanalyse clinique dune situation familiale. Kiki y est une sorte de clown japonais qui vient ou pour soigner ou pour périr avec cette famille, ou pour la faire imploser Et il la fait avec une cohérence absolue, cest-à-dire quil a vu que cette pièce est complètement mentale, où limaginaire a une place décisive. Je trouve quil a fait cette lecture avec sincérité. Par ailleurs, jai été très touché par les comédiens. Celui qui fait Kiki, cest vraiment magnifique Je navais jamais pensé que Kiki pouvait être un clown " |