Réflexion 9 Antoine VITEZ |
| " Cela
se passe ainsi : la salle nue, le maître et les
élèves, aucun objet de décoration, la lumière crue,
les murs, une table ou des chaises de rebut. Et dans ce
lieu sans grâce la vie fictive se construit. Sans grâce
dis-je du lieu -, pour trouver la grâce. Dans mon
souvenir le lieu est toujours ainsi, misérable,
incommode. Il est vrai que je nai presque jamais
connu de beaux endroits pour lenseignement du
théâtre à part la salle Jouvet, au
Conservatoire, et encore ! Mais cest comme une
loi : les usines de rêve que sont les salles de
répétition et de cours sont généralement laides.
Parfois elles sont encombrées ; il faut savoir les
utiliser ; alors, lencombrement peut devenir
un décor fabuleux. " LEcole
Antoine VITEZ. Jean-Michel Potiron : Je pense quAntoine Vitez devait être un très grand maître. Personnellement, jai eu trois grands maîtres et une grande maîtresse au théâtre. Sur quatre, jai eu la chance den côtoyer trois, dont deux de façon proche. Peter Brook ma enseigné la simplicité ; Claude Régy, linvalidité de la composition du personnage ; Anatoli Vassiliev, la maîtrise de laction ; Michelle Kokosowski, le goût de lexploration. Mon travail sinscrit dans le droit fil de ces prédécesseurs et se situe quelque part à la croisée de leurs chemins. En réponse à linvitation de Patrick Mélior, responsable du Théâtre Alcyon de Besançon, jai créé le Laboratoire dActeurs Public en 2001, au départ pour permettre aux acteurs de ma région qui le désiraient, de recevoir à leur tour lhéritage que mavaient légué volontairement ou non ces maîtres. Lenseignement de Vassiliev était le morceau principal. Quest-ce que laction ? Comment fonctionne-t-elle ? Où se situe-t-elle ? Comment se développe-t-elle ? En suivant ou plutôt en minspirant de ce quAnatoli Vassiliev mavait transmis, jai appris aux acteurs à dégager laction dun texte et à lutiliser dans laire de jeu. Trouver des maîtres doués dauthentique générosité, disposés à transmettre leur expérience, nest pas fréquent. Etre capable de nommer dans le théâtre ce qui constitue lobjet précis de sa recherche nest pas davantage courant. La vraie recherche ne se réduit pas à monter telle ou telle pièce. Elle ne sintéresse au sujet ou au message dune pièce quen arrière plan. A travers toutes les techniques disponibles au théâtre, elle choisit celle qui retiendra son attention. Toute recherche présumée, insoucieuse de ces techniques de base, nest que forfanterie, leurre, mystification. Quirait-on penser du sculpteur ignorant du moulage, du polissage, du taillage ; du peintre inapte à lesquisse, au dessin, au croquis A linstar dAnatoli Vassiliev, de Claude Régy, de Peter Brook, de Michelle Kokosowski qui, à leur échelle, désignent du doigt lobjet précis de leur recherche, nous indiquons le nôtre. Au sein de notre Laboratoire dActeurs Public, nous cherchons à savoir ce quest laction. Quon ne nous applique pas dautres buts, nous nen avons pas : que cet inépuisable puits de laction ! |