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Le Monte-Plats de Harold Pinter - 1957

Création à l’Espace scène nationale de Besançon, le 12 décembre 1991

Avec le soutien de la Drac de Franche-Comté
et de la Région de Franche-Comté,
le Centre d'Art et de Plaisanterie scène nationale de Montbéliard
et le Théâtre de Lons-le-Saunier.

Avec :

François Martin (Ben) et Bernard Messas (Gus)

Scénographie : Karim Nezzar
Régie Plateau : Johan Loonis
Costumes : Nathalie Martella
Maquillages : Martine Laporte
Coiffures : Eric Bennmann
Lumières : Hervé Demet
Assistant lumière : Yves Combe
Création sonore : Manuel Poletti
Photographie affiche : Pierre-Yves Mathieu
Photographe de scène : Emmanuel Vaucher
Administration : Philippe Radreau
Collaboration artistique : Patrick Mélior

Mise en scène : Jean-Michel Potiron


Dans mes œuvres, l’essentiel, c’est la belette sous la cave à liqueur.

Harold Pinter

Synopsis

Dans une pièce en sous-sol de Birmingham, un vendredi matin, deux hommes, Ben et Gus commentent longuement les actualités sportives et les faits divers du journal afin de déguiser leur inquiétude et leur nervosité croissantes qui s’expriment au moindre bruit, à travers de vagues allusions et dans l’agacement de Ben. La pression s’accentue, la menace pèse sans que nous en connaissions la véritable nature. Soudain, ils entendent un grand fracas à l’intérieur du mur. Après avoir soulevé le panneau central, il découvre un monte-plats. Ils en déduisent que la pièce qui les héberge aujourd’hui devait être jadis la cuisine d’un restaurant. Une puissance invisible manœuvre la machine et passe des commandes de plus en plus fantaisistes que les deux hommes s’efforcent de satisfaire avec les moyens du bord. D’abord raisonnables et ordinaires (un steak-frites, deux flancs, deux thés sans sucre), elles deviennent exotiques (un poulet au bambou, un char-siu aux pousses de haricots). Les puissances supérieures s’amusent un instant avec nos deux individus et les rappellent ensuite à l’ordre. Les deux hommes se souviennent alors de l’objectif de leur mission : ce sont deux tueurs à gages qui attendent l’heure d’arrivée de leur victime. La communication avec les instances hiérarchiques se facilite après la découverte d’un tube acoustique. Les deux tueurs profitent d’une accalmie pour graisser leur revolver et répéter les gestes du crime. Un incident vient soudain enrayer le mécanisme de la routine : la chasse à d’eau ne fonctionne plus à l’heure prévue. Dès lors, Gus s’interrogeant sur la nécessité du sang répandu et sur l’identité de leur chef mystérieux : Wilson, rechigne à répondre aux ordres qui lui sont donnés. Il s’absente un moment, un ultime message parvient à Ben pour lui désigner le nom de la victime imminente. La porte s’ouvre pour le lui livrer : c’est Gus.

Projet

Dans ces temps inquiétants, où les baroudeurs du monde s’ennuient à mourir, se jaugent, rugissent, aiguisent leurs cailloux, agitent leurs sagaies (la création s'exécute au moment des préparatifs de la première guerre du Golfe), les deux personnages apôtres du monte-plats (le monte-plats comme accessoire rituel et religieux au service du sacrifice, métaphore du totem, du poteau de torture, de la chaire mouvante, du four crématoire), Ben et Gus nous rappellent deux choses fort simples : l’entente entre les doubles, du microcosme figuré du couple au macrocosme de l’humanité, en passant par le clan des familles, des peuples, des nations, des races, des cultures, des religions, est précairement placée sous la menace de l’épée de Damoclès ; la société est violente, certes, et cette violence aliène l’homme, mais en chacun de nous sommeille l’homme primitif, la bête sauvage qu’un rien peut réveiller. Apparemment, nous ne savons pas tirer les leçons du passé. Nous nous souvenons des dates, des faits. Nous les inscrivons sur nos plaquettes chronologiques et les insérons dans nos manuels scolaires, nous les gravons sur les monuments commémoratifs, mais nous perdons le sens de la douleur, l’odeur de la chair brûlée, le goût du sang, le son des cris des torturés. Les sociétés riches et privilégiées refoulent la douleur et fantasment. Pourquoi tant de frustrations ? Ne nous gênons-pas ! Musique, messieurs ! Que les femmes et les enfants passent d’abord ! Qu’on en finisse et vite ! Pinter crie au secours. Nous mêlons nos voix à la sienne.

Le 21 novembre 1990, Jean-Michel Potiron

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