Création à
lEspace scène nationale de Besançon, le 12
décembre 1991 Avec : François Martin (Ben) et Bernard Messas (Gus) Scénographie :
Karim Nezzar |
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Synopsis |
Dans une pièce en sous-sol de Birmingham, un vendredi matin, deux hommes, Ben et Gus commentent longuement les actualités sportives et les faits divers du journal afin de déguiser leur inquiétude et leur nervosité croissantes qui sexpriment au moindre bruit, à travers de vagues allusions et dans lagacement de Ben. La pression saccentue, la menace pèse sans que nous en connaissions la véritable nature. Soudain, ils entendent un grand fracas à lintérieur du mur. Après avoir soulevé le panneau central, il découvre un monte-plats. Ils en déduisent que la pièce qui les héberge aujourdhui devait être jadis la cuisine dun restaurant. Une puissance invisible manuvre la machine et passe des commandes de plus en plus fantaisistes que les deux hommes sefforcent de satisfaire avec les moyens du bord. Dabord raisonnables et ordinaires (un steak-frites, deux flancs, deux thés sans sucre), elles deviennent exotiques (un poulet au bambou, un char-siu aux pousses de haricots). Les puissances supérieures samusent un instant avec nos deux individus et les rappellent ensuite à lordre. Les deux hommes se souviennent alors de lobjectif de leur mission : ce sont deux tueurs à gages qui attendent lheure darrivée de leur victime. La communication avec les instances hiérarchiques se facilite après la découverte dun tube acoustique. Les deux tueurs profitent dune accalmie pour graisser leur revolver et répéter les gestes du crime. Un incident vient soudain enrayer le mécanisme de la routine : la chasse à deau ne fonctionne plus à lheure prévue. Dès lors, Gus sinterrogeant sur la nécessité du sang répandu et sur lidentité de leur chef mystérieux : Wilson, rechigne à répondre aux ordres qui lui sont donnés. Il sabsente un moment, un ultime message parvient à Ben pour lui désigner le nom de la victime imminente. La porte souvre pour le lui livrer : cest Gus. |
Projet |
Dans ces temps inquiétants, où les baroudeurs du monde sennuient à mourir, se jaugent, rugissent, aiguisent leurs cailloux, agitent leurs sagaies (la création s'exécute au moment des préparatifs de la première guerre du Golfe), les deux personnages apôtres du monte-plats (le monte-plats comme accessoire rituel et religieux au service du sacrifice, métaphore du totem, du poteau de torture, de la chaire mouvante, du four crématoire), Ben et Gus nous rappellent deux choses fort simples : lentente entre les doubles, du microcosme figuré du couple au macrocosme de lhumanité, en passant par le clan des familles, des peuples, des nations, des races, des cultures, des religions, est précairement placée sous la menace de lépée de Damoclès ; la société est violente, certes, et cette violence aliène lhomme, mais en chacun de nous sommeille lhomme primitif, la bête sauvage quun rien peut réveiller. Apparemment, nous ne savons pas tirer les leçons du passé. Nous nous souvenons des dates, des faits. Nous les inscrivons sur nos plaquettes chronologiques et les insérons dans nos manuels scolaires, nous les gravons sur les monuments commémoratifs, mais nous perdons le sens de la douleur, lodeur de la chair brûlée, le goût du sang, le son des cris des torturés. Les sociétés riches et privilégiées refoulent la douleur et fantasment. Pourquoi tant de frustrations ? Ne nous gênons-pas ! Musique, messieurs ! Que les femmes et les enfants passent dabord ! Quon en finisse et vite ! Pinter crie au secours. Nous mêlons nos voix à la sienne. Le 21 novembre 1990, Jean-Michel Potiron |