" Les
militants syndicaux ont compris que les gens ne sont pas
égaux parce quils ne gagnent pas la même
chose ;
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Lettre au Ministre de
la " Kultur " Au moment de
linterdiction de La Religieuse, de Jacques
Rivette. " Votre patron avait raison. Tout
se passe à un niveau vulgaire et
subalterne. Je pense quil songeait aux
princes qui nous gouvernent en déclarant cela.
Heureusement pour nous, puisque nous sommes des
intellectuels, vous, Diderot et moi, le dialogue peut
sengager à un échelon supérieur. Je ne suis pas
tellement sûr dailleurs, cher André Malraux, que
vous compreniez quelque chose à cette lettre. Mais comme
vous êtes le seul gaulliste que je connaisse, il faut
bien que ma colère tombe sur vous. Et après tout, ça
tombe bien. Etant cinéaste comme dautres sont
juifs ou noirs, je commençais à en avoir marre
daller chaque fois vous voir et de vous demander
dintercéder auprès de vos amis Roger Frey et
Georges Pompidou pour obtenir la grâce dun film
condamné à mort par la censure, cette gestapo de
lesprit. Mais, Dieu du ciel, je ne pensais vraiment
pas devoir le faire pour votre frère, Diderot, un
journaliste et un écrivain comme vous, et sa Religieuse,
ma sur, cest-à-dire un citoyen français qui
prie simplement notre Père de protéger son
indépendance. Aveugle que jétais !
Jaurais dû me souvenir de la lettre pour laquelle
Denis avait été mis à la Bastille. Heureusement, cette
fois, que votre refus de me recevoir et de faire le mort
au téléphone ma ouvert les yeux. Ce que
javais pris chez vous pour du courage ou de
lintelligence lorsque vous avez sauvé ma Femme
mariée de la hache de Peyrefitte, je comprends enfin
ce que cétait, maintenant que vous acceptez
dun cur léger linterdiction dune
uvre où vous aviez pourtant appris le sens exact
de ces deux notions inséparables : la générosité
et la résistance. Je comprends enfin que cétait
tout simplement de la lâcheté. Et surtout ne me parlez
pas de lEspagne, de Budapest ou dAuschwitz.
Tout se passe à un niveau subalterne, on vous la
déjà dit. Et je vous le précise : celui de la
peur. Si ce nétait prodigieusement sinistre, ce
serait prodigieusement beau et émouvant de voir un
ministre UNR de 1966 avoir peur dun esprit
encyclopédique de 1789. Et je suis sûr maintenant, cher
André Malraux, que vous ne comprenez définitivement
rien à cette lettre où je vous parle pour la dernière
fois, submergé de haine. Pas davantage vous ne
comprendrez pourquoi dorénavant jaurai peur aussi
de vous serrer la main, même en silence. Oh ! ce
nest pas que vos mains ressemblent à celles sur
qui seffaceront jamais le sang de Charonne et de
Ben Barka. Absolument pas. Vous avez les mains pures
comme le kantisme. Mais il na plus de mains, disait
Péguy. Aveugle donc, et sans mains, juste les pieds pour
fuir la réalité, lâche en un mot, ou peut-être tout
bonnement faible, vieux et fatigué, ce qui revient au
même. Rien détonnant à ce que vous ne
reconnaissiez plus ma voix quand je vous parle, à propos
de linterdiction de Suzanne Simonin, la
religieuse de Diderot, dassassinat. Non. Rien
détonnant dans cette lâcheté profonde. Vous
faites lautruche avec vos mémoires intérieurs.
Comment donc pourriez-vous mentendre, André
Malraux, moi qui vous téléphone de lextérieur,
dun pays lointain, la France libre. " (Le
Nouvel Observateur, 6 avril 1966) Les années Karina,
Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc
Godard. *** " Jai toujours pensé que je faisais de la philosophie, que le cinéma est fait pour faire de la philosophie, une philosophie plus intéressante que ce quon appelle ainsi à lécole et dans les livres puisquon na pas besoin de penser, on est pensé. Le problème, cest quon a tellement privilégié le spectacle que cest la pensée du spectacle qui sest imposée et plus la pensée de la pensée. " Entretien avec Godard, Cultivons notre jardin, dans Le Cinéma selon Godard, sous la direction de Guy Hennebelle. " Au cinéma, nous ne pensons pas, nous sommes pensés. " Works Of Calder et lhistoire dAgnès, Les années Cahiers, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Il y a deux grandes classes de cinéastes. Du côté dEisenstein et dHitchcock, il y a ceux qui écrivent leur film de la façon la plus complète possible. Ils savent ce quils veulent, ils ont tout dans leur tête, ils mettent tout sur le papier. Le tournage nest quune application pratique. Il faut construire quelque chose qui ressemble le plus possible à ce qui a été imaginé. Resnais est de ceux-là, et Demy. Les autres, du côté de Rouch, ne savent pas très bien ce quils vont faire et ils cherchent. Le film est cette recherche. Ils savent quils vont arriver quelque part, et ils ont des moyens pour cela, mais où exactement ? Les premiers font des films cercles, les autres, des films lignes droites. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Jaime bien être surpris. Si lon sait davance tout ce quon va faire, ce nest pas la peine de le faire. Si un spectacle est tout écrit, à quoi sert de le filmer ? A quoi sert le cinéma, sil vient après la littérature ? " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Jai passé, moi, quinze, vingt ans de cinéma à essayer et à me rendre compte que cest ça que jessayais, à me défaire de la littérature et de la phrase parlée, ou du sens au sens où on lemploie habituellement pour tout exprimer. Jai mis vingt ans de cinéma à acquérir un peu une notion de ce que cest que le cinéma parlant, à retrouver le cinéma muet Pour regarder comment on parlait dans les films muets, comment les différents cinéastes se servaient du langage. Si je regarde mon propre chemin, jai limpression que jessaie de repasser par le muet mais pour arriver à trouver mon parlant à moi. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Tout comme le metteur en scène de Naissance dune nation donnait à chaque plan limpression dinventer le cinéma, chaque plan de LHomme de lOuest donne limpression quAnthony Mann réinvente le western comme disons, le crayon de Matisse le trait de Piero della Franscesca. Et dailleurs, cest mieux quune impression. Il le réinvente. Je dis bien réinventer, autrement dit : montrer en même temps que démontrer, innover en même temps que copier, critiquer en même temps que créer ; bref, LHomme de lOuest est un cours en même temps quun discours, ou la beauté des paysages en même temps que lexplication de cette beauté, le mystère des armes à feu en même temps que le secret de ce mystère, lart en même temps que la théorie de lart ; de sorte quen fin de compte il se trouve tout bonnement que LHomme de lOuest est une admirable leçon de cinéma, et de cinéma moderne. " Super Mann, Les années Cahiers, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Nous faisons des films mais plus de cinéma. " Entretien avec Godard, Cultivons notre jardin, dans Le Cinéma selon Godard, sous la direction de Guy Hennebelle. " Cest pas la peine de mépriser Coppola pour travailler comme lui finalement. " Entretien avec Godard, Cultivons notre jardin, dans Le Cinéma selon Godard, sous la direction de Guy Hennebelle. " Ce que jaime bien dans Picasso, ce sont les mélanges de formes et qui racontent une histoire. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Je nécris pas mes scénarios, jimprovise au fur et à mesure du tournage. Or, cette improvisation ne peut être que le fruit dun travail intérieur préalable et qui suppose une concentration. En fait, je ne fais pas seulement du cinéma quand je tourne, je fais mes films quand je rêve, quand je lis " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Cest en tournant que lon découvre les choses quil faut tourner. " Les années Mao, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Je reste des éternités sur un plan fixe jusquau moment où il ne se passe tellement plus rien quil faut changer de plan, alors on en fait un autre. " Les années Quatre-vingt, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Je nai pas le sentiment de faire une différence entre la vie et la création. Pour moi, diriger une actrice et parler avec sa femme, cest pareil " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Je nai pas vu de différence entre parler dun film ou den faire un. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Jaimerais faire un film immense sur la France. Il y aurait tout. Il durerait deux ou trois jours. Le film serait en épisodes, et chaque épisode serait projeté une semaine ou deux. Si on loue un cinéma pendant un an, cest faisable. Tout est possible. Tout montrer a toujours été la tentation des romanciers dans leurs gros romans. Je montrerais des gens qui vont au cinéma, et on verrait le film quils voient. Trois jours après, au théâtre, on verrait la pièce quils voient. On verrait un intellectuel chargé dinterviewer des gens, et on verrait les interviews. On pourrait interroger tout le monde, de Sartre au ministre de la Guerre, en passant par les paysans du Cantal ou les ouvriers. On y verrait aussi du sport : courses, athlétisme, etc. il faudrait sorganiser sur le principe ; ensuite, aller dans toutes les directions. Le tournage durerait trois ou quatre ans. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Si jai commencé par tourner des histoires bourgeoises, cest parce que je viens de la bourgeoisie. Si jétais issu dun milieu paysan, jaurais probablement tourné différemment. Mais ça mest difficile de faire autrement. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Nétant pas couturier, il mest impossible de faire un film en costumes. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Dans la peinture, on dit que Brueghel a fait certaines uvres documentaires quand il peignait des petites gens, et Velázquez, lui, est un artiste de fiction puisquil peint les rois et les princesses ; on ne faisait pas de différences comme ça. Dans le cinéma je ne sais pas comment ça sest fait on a limpression quon sait ce que ça veut dire documentaire et fiction. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Jai toujours eu le goût de la-plat, de la peinture mais à plat. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Faire un film dactualités, cest dépouiller la réalité de ses apparences en lui redonnant laspect brut où elle se suffit à elle-même ; en cherchant en même temps linstant où elle prendra fin. Filmer nest donc rien dautre que saisir un événement en tant que signe, et le saisir à une seconde précise, celle où tout doucement, brutalement, sournoisement, logiquement, la signification naît librement du signe qui la conditionne et la prédestine. Le seul problème nest pas seulement de lhonnêteté, il est aussi celui de lintelligence. Prenons lexemple des camps de concentration. Le seul vrai film à faire sur eux, ce serait de filmer un camp du point de vue des tortionnaires, avec leurs problèmes quotidiens. Comment faire entrer un corps humain de deux mètres dans un cercueil de cinquante centimètres ? Comment évacuer dix tonnes de bras et de jambes dans un wagon de trois tonnes ? Comment brûler cent femmes avec de lessence pour dix ? Il faudrait aussi montrer les dactylos inventoriant tout sur leurs machines à écrire. Ce qui serait insupportable ne serait pas lhorreur qui se dégagerait de telles scènes, mais bien au contraire leur aspect parfaitement normal et humain. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " La création artistique nest pas de peindre son âme dans les choses, elle est de peindre lâme des choses. " Quest-ce que le cinéma ?, Les années Cahiers, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Velázquez, à la fin de sa vie, ne peignait plus les choses définies, il peignait ce quil y avait entre les choses définies. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Les enfants quand ils naissent ou les vieux quand ils meurent, ils ne parlent pas, ils voient les choses. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Pour moi, décrire la vie moderne, ce nest pas décrire, comme certains journaux, les gadgets ou la progression des affaires, cest observer les mutations. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Moi, je dis que le cinéma a un rôle, cest de voir comment on voit. " Les années Quatre-vingt, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Je trouve que le cinéma est extrêmement intéressant parce ça permet dimprimer une expression et puis en même temps dexprimer une impression ; il y a les deux. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Ce que jaime bien, cest faire les bandes annonces, mais ce quil y a dennuyeux, cest quelles doivent durer cinq minutes. Ce sont des petits films, on dit : bientôt dans ce cinéma ; pour moi cest presque le film parfait, jaimerais mieux faire cela plutôt que de faire des films ; mes bandes annonces dureraient 4 ou 5 heures, cest plus long que le film parce que je métendrais en long et en large sur le film que vous allez voir. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Jai un fort sentiment que limage permet de moins parler et de mieux dire. " Archéologie du cinéma et mémoire du siècle, Jean-Luc Godard et Youssef Ishaghpour. " Jai un projet de film qui sappelle La prise du pouvoir par le peuple, qui sappellerait plutôt Pouvoir (la prise du) (par). Première partie, la prise du pouvoir par les socialistes ; deuxième partie, les socialistes sont renversés par les femmes, les femmes sont renversées par les enfants et les enfants sont renversés par les animaux. Quatre parties. " Les années vidéo, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Il faut le souligner et insister sur la prédominance du marché, de la production industrielle et, en relation avec celle-ci, de lapparition des masses anonymes des grandes villes. En affirmant son autonomie et son absolue liberté, en ne considérant comme proprement artistique que le traitement du matériau et la forme de lexpression, lart moderne sest constitué par sa résistance au marché, aux moyens de reproduction technique et, par voie de conséquence, au public. Pour cela, il a dû prendre ses distances à légard de tout ce qui est immédiatement consommable et communicable, que ce soit dans lordre de limage, de la fiction ou de lémotion, en laissant tout cela, y compris lidée ancienne de lesthétique et de la beauté, au domaine du kitsch, qui a fait son apparition en même temps que lart moderne, comme le principe de la production industrielle dune nouvelle marchandise : les biens culturels à lusage des masses " J-L G cinéaste de la vie moderne, Archéologie du cinéma et mémoire du siècle, Youssef Ishaghpour. " Il ny a jamais eu de film révolutionnaire dans le Système. Il ne peut y en avoir. Il faut sinstaller en marge, en essayant de profiter des contradictions du Système pour survivre hors du système en essayant de le radicaliser sil est réformiste. " Les années Mao, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Le slogan Liberté dexpression, pour moi, cest un slogan fasciste. Jaimerais mieux à la rigueur quon dise expression de la liberté. Mais on nexprime pas facilement la liberté. " Jean-Luc Godard, Télérama. " Cette Société, qui produit aussi [les] grands ensembles, distribue, sous la forme de livres de poche, une culture bon marché qui est assimilée dune façon fragmentaire et assez dérisoire par les populations. Tout ça se passe dans un bruit très fort de marteaux-piqueurs, de moteurs, de percolateurs, de matières entrechoquées, qui, dans une certaine mesure, empêche la communication. " 2 ou 3 choses que je sais delle, Jean-Luc Godard. " On ne va pas au cinéma pour travailler. La notion de travail nest plus intéressante. Les gens font du travail con, aussi ils nont pas envie de travailler. Et on préfère un plaisir con à un travail con. Doù lexploitation du plaisir qui est tout aussi intense que celle du travail. " Les années vidéo, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Les militants syndicaux ont compris que les gens ne sont pas égaux parce quils ne gagnent pas la même chose ; il faut également comprendre que nous ne sommes pas égaux parce que, de plus, nous ne parlons pas la même langue. " Les années Mao, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Vivre dangereusement jusquau bout. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Lart, cest ce qui vous permet de vous retourner en arrière et de voir Sodome et Gomorrhe sans en mourir. " Jean-Luc Godard, Art Press, spécial Godard. " Il ne sagit pas tellement de faire un film plutôt quun autre, mais de faire les films possibles là où on est. " Les années vidéo, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Il faut commencer par regarder autour de soi. Et lon commence par voir des éléments de la société, des femmes, des hommes, des enfants, du travail, de la cuisine, des vieux, de la solitude, tout ça à des cadences quotidiennes. " Les années vidéo, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " [Jai une règle qui mest restée] : faire ce quon peut et ne pas faire ce quon veut ; faire ce quon veut à partir de ce quon peut ; faire ce quon veut de ce quon a et pas du tout rêver limpossible. On fait ce quon peut, on ne fait pas ce quon veut. Par contre, on essaie de faire ce quon ce quon veut du pouvoir quon a. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Aujourdhui, je comprends que je suis près du public ; cest-à-dire je fais partie de lui. Mais le public ne maccepte pas parce que je fais aussi des films alors que le public nen fait pas. Et cest pour ça quil sent que mes films ont peu de succès auprès du grand public, sauf auprès dun public de créateurs, de romanciers, détudiants Mais le public normal ne maccepte pas, car il sent tout de suite et très bien que moi je fais partie de lui, alors que Travolta ne fait plus partie de lui. Mais cest ça quil demande à Travolta et cest ça quil naccepte pas de moi, et que moi, je laisse voir. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Je dois représenter quelquun qui na pas abandonné lidée je ne sais pas comment dire de gagner sa vie, honnêtement ou dune manière intéressante, faisant non pas ce quil a envie mais ce quil peut faire en essayant de mettre son envie dans ce quil peut faire. Je cherche dautres gens qui font pareil, que ce soit dans une grève, où je suis toujours encouragé quand je vois des grèves qui réussissent ou dans certains pays où certaines parties de la population renversent une autre partie ; je me sens toujours encouragé, je me dis : tiens, cest dautres Godard, ou bien : moi, je suis un autre Chilien, ou bien : moi, je suis un autre Tchécoslovaque, ou bien : moi, je suis un autre ouvrier chez Lip à lendroit où je suis ; effectivement, je me pense plutôt comme ça. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Moi, ce qui me rend nerveux, cest que je me sens gêné dêtre au milieu de gens qui ne sont pas concernés par ce quon fait. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Antonin Artaud / / disait : Moi jécris pour des analphabètes. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Quand je vois ma fille supporter des heures et des heures de publicité ou de séries américaines, ça me fait quelque chose ; je me dis : Mais ça ne sert absolument à rien Je ne peux pas lui en vouloir, et à la fois je lui en veux Mais à des moments ça me fait chier de lui acheter à bouffer ! " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Penser à un public pour les trois quarts des gens, cest une vaste escroquerie. Ils disent il faut respecter le public, il faut penser au public, il faut penser que tel film ennuiera le public Il faut penser surtout que si tel film ennuie le public, eh bien, il nira pas le voir et la personne qui dit ça, si elle met de largent dans le film, elle le perdra. Donc il ferait mieux de dire : Il faut que jessaie dattirer le maximum de public pour que je gagne un maximum dargent Ce qui est quelque chose de tout à fait bien mais il ny a quà le dire. Il ny a pas à dire : Faut pas ennuyer le public , Faut pas A ce moment-là ça ne veut rien dire. Moi, pendant longtemps justement, ma première réaction consistait à partir plutôt de la vérité où jétais et à dire : Mais le public, on en parle sans arrêt, mais je ne le connais pas, je ne le vois jamais, je ne sais pas qui cest Et ce qui ma fait penser au public, cest les gros échecs, les échecs énormes comme par exemple Les Carabiniers où en quinze jours il ny a eu que dix-huit spectateurs ! Alors à ce moment-là, quand il y a dix-huit spectateurs Dix-huit, on sait compter. Alors là je me suis dit : Mais qui diable étaient-ils ? ça jaimerais bien le savoir ! Ces dix-huit personnes qui sont venues voir, jaimerais bien les voir, quon me montre leur photo Là, cest la première fois où jai vraiment pensé au public. Mais je ne pouvais penser au public. Je ne pense pas que Spielberg puisse penser au public. Comment peut-on penser à douze millions de spectateurs ? Son producteur peut penser à douze millions de dollars mais penser à douze millions de spectateurs cest absolument impossible ! " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Linvention du gros plan, très vite, a été liée à lapparition de la vedette, et dune certaine manière de voir la vedette, et la vedette a un sens, et la dictature de la vedette a un lien avec la dictature politique pure et simple, ou des rapports de type dictatoriaux. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Quels sont ces gens qui ont un grand public quand même ? Ce sont les dictateurs, avec les grands films et la télévision. La télévision fonctionne comme les dictateurs : elle a tant de public un seul jour en une heure. Elle peut montrer à des moments, la reine dAngleterre ou les matches de football en Argentine, et il va y avoir, je ne sais pas, un milliard et demi de personnes pendant une heure et demie qui vont voir la même chose. Quel dictateur na pas rêvé de ce public ? Et quel public du reste na pas voté pour un dictateur qui lui enverra le match de football quil veut au moment donné ? " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " La télévision, cest lEtat, lEtat, cest des fonctionnaires et les fonctionnaires cest le contraire de la télévision. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Quest-ce quil y a en moi qui devrait intéresser quatre millions de personnes ? Jai mis longtemps à pouvoir le dire comme ça et, je pense quen France, ce que je peux dire peut intéresser peut-être cent à deux cent mille personnes. Comment ? Je ne sais pas. Quest-ce qui fait que ce que je fais devrait intéresser quelquun ? " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Les vrais complices des distributeurs, cest quand même lensemble des spectateurs, cest-à-dire lensemble de la société dans laquelle on vit qui fait quà un moment on délègue effectivement, les gens savent vivre leur vie et ils vivent des histoires toutes plus ou moins extraordinaires ; ceux qui se fatiguent dans une usine vivent des fatigues absolument incroyables, mais ils délèguent ils nont pas imaginé Il y a des gens plus malins queux qui sont arrivés à faire circuler limagination des gens, certains assez honnêtes , mais cest ça aussi : les gens délèguent au cinéma ou à la télévision limagination ou la non-imagination de leur vie. Et puis après bon, et bien cest fini " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Jécoute la publicité sur mon transistor Grâce à Esso, je pars tranquille sur la route du rêve et joublie le reste. Joublie Hiroshima , joublie Auschwitz , joublie Budapest , joublie le Vietnam , joublie le S.M.I.G , joublie la crise du logement , joublie la famine aux Indes. " 2 ou 3 choses que je sais delle, Jean-Luc Godard. " Dire de mauvaises actualités, cest un peu un pléonasme. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Il ny a plus de présent, mais une perpétuelle disparition qui ne devient jamais du passé. Le vrai visage de lhistoire, écrivait Benjamin, séloigne au galop. On ne retient le passé que comme une image, qui, à linstant où elle se laisse reconnaître jette une lueur qui jamais ne se reverra. " J-L G cinéaste de la vie moderne, Archéologie du cinéma et mémoire du siècle, Youssef Ishaghpour. " Le cinéma moins intéressant cest celui qui est complètement tourné vers le spectateur, les films à grand succès, ce sont des films qui sont complètement vers le spectateur, où il ny a à la fois rien sur lécran, mais rien derrière la caméra si vous voulez. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Mes ennemis sont ceux qui ne se servent pas des images ou qui se servent des images pour cacher plutôt que pour montrer, qui est la majorité du cinéma où on cherche à cacher ce que les gens ont ; et cest pour ça quils aiment les images car ça leur montre des choses cachées et en même temps ça les cache à eux-mêmes. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Jai besoin de faire un film pour moi, pour dire qui je suis et pour avoir le droit de demander à lautre qui il est. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Ma seule intention, ce nest pas de dire quelque chose, ma seule intention, cest darriver à pouvoir faire quon se dise quelque chose. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Aujourdhui, deux metteurs en scène ne peuvent plus se parler. Je crois que la force de la Nouvelle Vague à lépoque, comme la force des quelques cinéastes américains à un échelon bien supérieur aujourdhui, cest que ce sont des gens qui se sont connus, qui se sont parlés de cinéma. Mais maintenant, les gens de cinéma ne se parlent pas entre eux, et surtout pas de ce quils font. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Le rêve serait de travailler comme Pagnol ou Chaplin, cest-à-dire davoir son propre studio, cest pour cela que les films de Chaplin ont eu beaucoup de succès en dehors de son talent cest quil faisait un film tous les 6 ou 7 ans et quil avait le temps de le faire, ce qui est un temps à peu près normal pour un film. Le temps de recommencer, le temps de faire une grande scène, si on fait une grande scène, de se tromper, de rechercher et de trouver et avec beaucoup de gens, pas forcément avec un peu ; moi jétais toujours un peu obligé pour continuer à survivre daccepter de travailler juste dans mon coin de garage, datelier ; alors on fait des films avec moins de chose. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Limportant nest pas de vouloir à tout prix découvrir quelquun [un jeune talent]. Le côté snob du jeu de la découverte, il faut le laisser à lExpress. Limportant est de savoir discerner qui a du génie et qui nen a pas, dessayer, si on peut, de définir le génie ou de lexpliquer. Il ny en a pas beaucoup qui essaient. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " Tout mon effort depuis dix ans consiste à navoir plus de nom ; davoir un autre nom que le mien, parce que les gens [ceux qui se servent de mon nom], sabritent derrière soit pour, soit contre. Et cest le nom qui est important comme sur votre passeport. Jai eu une discussion dau moins 40 minutes avec lofficier de limmigration parce que simplement il me demandait mon passeport bon, jai un passeport suisse et il disait : est-ce que vous êtes Suisse ? Et sur le passeport, il est marqué : Le titulaire de ce passeport est citoyen suisse ; et il me disait : est-ce que vous êtes Suisse ? Et je lui disais : donnez-moi mon passeport, et je lui lisais : le titulaire de ce passeport est citoyen suisse et puis il redemandait : mais répondez à ma question, est-ce que vous êtes Suisse ? Alors, je lui redemandais : donnez-moi mon passeport, et ça le rendait fou et moi ça mamusait pendant un moment de faire ça ; je trouvais absolument incroyable que ce soit ce mec-là qui me fasse à moi, touriste, des cours de sémantique. " " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Je fais un cinéma déplacé ; effectivement, je mintéresse plutôt aux marginaux et je me sens plus près des gens déplacés, quils soient arabes déplacés par les juifs, ou alors juifs déplacés par les Allemands, au contraire : malades déplacés par les docteurs, fous déplacés , enfin des choses comme ça, un cinéma déplacé ; et à cause de ça, il nest souvent pas à sa place là où il est vu. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Ce que les gens nont pas dû aimer [dans Le petit soldat], cest la discontinuité, les changements de rythme ou les ruptures de ton. " Les années Karina, Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard. " [Et si mon autre film Les carabiniers na pas eu de succès, cest je crois] parce que les gens aiment bien faire la guerre, les types aiment bien faire la guerre, et puis les femmes laissent les types faire la guerre ; elles doivent y trouver leur propre intérêt aussi. Alors, cest pour ça quil a pas eu de succès, parce que si on montre la guerre simplement froidement, un peu bêtement, cest un peu embêtant. Surtout que jai fait ça en disant la vérité, sans chercher à dire bien ou mal, sans chercher à voir une cause. Dans la guerre, il y a un truc qui ressemble beaucoup à la vie civile, cest quon obéit aux ordres. Larmée est un truc qui ma à la fois toujours effrayé et fasciné, cest quil y a tellement dordres auxquels il faut obéir, tellement de costumes quon retrouve beaucoup dans la vie civile, à tous les endroits. Si on se présente à des endroits, dans des pays avec des cheveux trop longs, ça ne va pas ; si on se présente avec des cheveux trop courts, ça ne va pas non plus ; si on a des blue-jeans, suivant lendroit, ça ne va pas. Or ça, ça vient de larmée. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Notre rêve a toujours été de tourner à Hollywood et puis quand on a vu ce que cétait Hollywood " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " [Au Canada, aux Etats-Unis, dans les Universités], il y a beaucoup de cours de cinéma, ce qui est vraiment la preuve que la culture y est beaucoup plus développée [quailleurs]. Et je crois quil y a même des cours de scénarios. Et ça, moi jaimerais bien en parler. Mais je nai jamais réussi encore à coincer un prof qui soit professeur de scénarios. Car je serais effectivement très curieux et même angoissé de savoir en quoi consiste un cours de scénarios ; car je me dis : Là, on doit vraiment pouvoir mettre la main au collet du serpent. Je comprends quen Chine ou en Russie, il y ait des cours de scénarios. Daprès leur système politique, ça se comprend. Mais théoriquement, dans le régime de la libre entreprise, comment est-ce quil peut y avoir des cours de scénarios ? " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Il y a quelque chose qui mintrigue : que moi, on me dise que je ne raconte pas dhistoire, et il ny a pas dhistoire, il y a tout autre chose, alors que quand on voit un film de Clint Eastwood, on dit : Ah ! Il y a une histoire. Il y a un coin qui est la Californie, et cest comme par hasard le coin où le cinéma sest développé Et quand on va en Californie effectivement, on a un sentiment très fort dêtre dans un endroit qui na aucun poids historique mais qui est bourrée de centaines de petites histoires La force des Américains, cest quils racontent des histoires tout le temps, mais quils nont aucun sens historique. Cest peut-être ça leur puissance. On a un peu le sentiment de gens qui inventent sans arrêt des histoires et qui à cause de ça, peuvent les imposer au reste du monde, mais alors quils nont pas du tout le sentiment de ce quon appelle lhistoire. Je pense quil y a quelque chose de mauvais là-dedans puisque en même temps ça lair très clair et quand on sort du cinéma on nest pas plus avancé pour autant. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Je pense que LAge dor [de Buñuel-Dali] ne serait pas classé aujourdhui par les critiques de cinéma comme film politique alors que cest probablement le seul film de cinéma qui ait fait un peu scandale, qui encore aujourdhui possède, je dois le dire, une grande force, cest-à-dire, on sent quil y a quelque chose qui change, et que ça gêne. LAge dor, je crois que cest intéressant parce que cest un changement Cest un film qui parle des formes. Je pense que ce quil y a de plus difficile à changer, ce nest pas le fond, cest la forme. Enfin pour prendre lopposition classique ou pour sentendre sur les mots, la forme cest ce quil y a de plus difficile à changer : changer un homme, changer la forme, ça prend des millénaires. A des moments, ce quil y a dintéressant, je trouve, cest que LAge dor peut être classé comme film politique car il sadresse effectivement à des changements de détails, des changements de formes dont on voit quils sont les plus puissants, qui sont simplement les relations sociales ou la bonne conduite, la manière de se conduire ; on voit effectivement que les diplômes ou lhabillement, cest quelque chose dextrêmement puissant, et que si vous vous habilliez mal, et bien vous nêtes pas reçu dans certains endroits : les formes, la manière dont un chef de gouvernement peut être accueilli dans un aéroport, ou la manière dont un bébé peut être baptisé. Les gens tiennent absolument à un certain nombre de formes. Et les vrais changements, cest quand ces formes changent, et les vrais non-changements, cest quand il y a des mots qui changent, quand on dit socialiste au lieu de capitaliste. Quest ce qui a vraiment changé ? Cest ça qui est intéressant. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Ma seule intention, cest de filmer dune certaine manière, ce nest pas de filmer dune certaine manière pour " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard. " Je crois que tous les films que jai faits sont des films critiques plus ou moins réussis. Cest à cause de ça quon ne peut plus facilement les voir / / à cause du fait que [ce sont des films critiques]. Un film critique ce que jentends cest comme la justice, cest une critique Cest un film qui peut montrer des éléments de quelque chose et qui peut aider à porter un regard dit critique. Il y a plusieurs sens : critique, cest aussi le point critique, le point de changement, le point débullition de leau ou un moment dans la situation dramatique aussi Le mot critique cest ça : une situation critique : on va tomber de son vélo ou la guerre va commencer ou votre femme va vous quitter Moi, jai toujours essayé de filmer le plus possible des moments critiques. Cest dans ce sens-là que jestime que ce sont des films critiques. " Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard.
Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Jean-Luc Godard ; Introduction à la véritable histoire du cinéma, Jean-Luc Godard ; 2 ou 3 choses que je sais delle, Jean-Luc Godard ; Entretien avec Godard, Cultivons notre jardin, dans Le Cinéma selon Godard, sous la direction de Guy Hennebelle ; Archéologie du cinéma et mémoire du siècle, J-L G cinéaste de la vie moderne, Jean-Luc Godard et Youssef Ishaghpour ; Jean-Luc Godard, Art Press, spécial Godard. Textes
établis par Jean-Michel Potiron, le 20 janvier 2008 |